Une feuille de route collaborative, transcontinentale, pour étendre l'éducation ouverte et libre par un dialogue pluriel

Inspiré par la science ouverte (UNESCO 2021), notre groupe transcontinental élabore une feuille de route collaborative pour étendre l’éducation ouverte et libre (EOL) par un dialogue ouvert à différents systèmes de connaissances et à diverses épistémologies. Ce laboratoire d’apprentissage vise un exercice d’idéation pour ouvrir des « voies de transition » vers une EOL étendue, au-delà des ressources éducatives libres (REL) et de leurs dimensions techniques.

Malgré des périodes de contrôle autoritaire, l’histoire révèle des cycles d’ouverture progressive (Peter et Deimann 2013). Dans ce foisonnement où beaucoup ont voix, nous voulons favoriser une écoute active équitable pour pérenniser cette ouverture en favorisant la diversité épistémique et les communs éducationnels.

Depuis des décennies, la pédagogie ouverte remet en question la prérogative de décider de ce qui constitue une connaissance à enseigner (Paquette 1976). Au début de cette Décennie des langues autochtones (UNESCO 2020) et dans un contexte de décolonisation des savoirs (Santos 2021), une démarche visant la justice épistémique et l’équité pédagogique se doit d’accorder une place de choix à la diversité des savoirs.

La littérature sur l’EOL aborde divers enjeux depuis le Nord mondialisé: pratiques et ressources éducatives libres, certification, CLOM… (Baker 2017; Blessinger et Bliss 2016; Clinton-Lisell 2021; Cronin et Maclaren 2018; Ehrenreich et al. 2020; Gunness et al. 2021; Hylén et al. 2012; Jeong 2019; Peter et Deimann 2013; Weller 2014; Weller 2020). Aujourd’hui encore, les REL sont majoritairement créées en anglais dans le Nord mondialisé (de los Arcos et Weller 2018). Ces portes d’entrée vers l’EOL, pour lesquelles l’UNESCO a fait une recommandation spécifique (UNESCO 2019), valorisent peu la richesse de langues et pratiques culturelles diverses.

Selon Wildavsky (2015) les CLOM sont surtout réalisés dans une optique de consommation et ont peu de pertinence en dehors de l’hémisphère nord. Si l’adaptation (traduction, révision, remixage…) permet la contextualisation des REL (Wiley 2014, cité dans Wolfenden et Adinolfi 2019), la localisation est une pratique sociale plus profonde, dans laquelle la compétence découle d’une interdépendance entre les contributions et l’agentivité des individus et du collectif (Priestley et al 2015 cité dans Wolfenden et Adinolfi 2019). Par ailleurs, le respect des connaissances traditionnelles peut avoir d’importantes conséquences sur l’usage de ressources provenant de contextes locaux. Les étiquettes de savoirs traditionnels (Local Contexts s.d.) encadrent et spécifient des restrictions à cet égard.

Au sein de la communauté d’OEGlobal 2022, nous souhaitons ouvrir la porte à une co-conception large, selon une approche tirée de la science ouverte qui encourage le multilinguisme et la diversité épistémique. Nous avons déjà formé un groupe dont les membres se trouvent à des points distincts de la planète : Cameroun, Canada et Suisse (romande et allemande).

Selon nous, l’EOL s’est construite dans un champ de tension entre liberté et transparence d’un côté et contrôle de l’autre (Baker 2017). Tisser des fils solides d’EOL dans la trame de l’éducation supérieure en place pourrait produire une toile intéressante. En réalité, ces fils brodent déjà un vaste réseau qui mérite d’être renforcé. Nous pensons entre autres à Corinne Pelluchon (2021), Boaventura de Sousa Santos (2021), Vinciane Despret (2021), Florence Piron (2017) ou Bruno Latour (2006), toujours dans le Nord mondialisé mais avec des mains tendues pour comprendre et travailler en bonne intelligence avec d’autres systèmes de production de connaissances.

Loin de se limiter à la technologie, l’EOL est d’abord et avant tout une affaire de valeurs, d’épistémologies, de pratiques concertées et efficaces ainsi que d’une capacité à la remise en question. Les valeurs fréquemment citées sont la liberté, la justice, le respect, l’ouverture en tant qu’attitude ou culture, l’absence d’obstacles, la promotion du partage, l’accessibilité, la transparence, la collaboration, l’agentivité, l’auto-direction, la personnalisation et la participation universelle. Comment amorcer ce chantier en incluant les systèmes de savoirs et de connaissances de façon maximale ? Comme pour la science ouverte, il existe de nombreuses « voies de transition » vers l’EOL. L’élaboration collaborative d’une feuille de route soutient un principe de flexibilité épistémique.

Dans le cadre d’un groupe de travail international, initié par l’obtention d’un financement « échange scientifique » du Fonds National Suisse et intitulé A Roadmap for Open Education in Switzerland: First Steps, nous travaillons depuis le mois de septembre 2021 sur plusieurs axes. Le premier axe consiste à interroger des spécialistes EOL, dans une approche de type Delphi, pour faire émerger le savoir tacite en la matière. Le deuxième axe consiste à travailler au niveau de la pratique enseignante et à mettre en place un livre blanc sur les pratiques éducatives libres sous forme d’un wiki participatif qui implique diverses personnes.

La méthode Delphi (référence aux orateurs de Delphe) a pour objectif d’interroger des spécialistes d’un domaine afin de bâtir sur leurs prédictions et intuitions et d’arriver à un consensus en plusieurs itérations. Durant le Swiss Open Education Day (14 mai 2022), l’objectif est d’atteindre un consensus à l’issue d’une première itération sur les différentes dimensions de l’EOL - définition, épistémologie, économie, légale, recherche, etc. Notre atelier OEGlobal 2022 invitera les gens à se prononcer sur ces résultats vers une deuxième itération visant un nouveau consensus.

Durant cet atelier, nous souhaitons profiter de la participation internationale de spécialistes de l’EOL pour poursuivre le travail vers un troisième axe: une feuille de route transcontinentale tracée par la participation extensive. Les personnes qui participeront à ce laboratoire d’apprentissage seront invitées à définir les sujets pertinents et les moyens d’établir la feuille de route collaborative en donnant la priorité à leurs attentes (augmenter les données de l’étude Delphi, contribuer au wiki, suggérer des axes à développer…).

Ce laboratoire d’apprentissage aspire à une collaboration accrue entre diverses parties prenantes. Pour ce faire, nous procéderons à un remue-méninge à partir des enjeux soulevés par l’étude Delphi et par des contributions externes ou internes au groupe. L’approche privilégiée pour la facilitation de ce laboratoire s’inspire d’une démarche d’idéation en co-conception d’expériences d’apprentissage.

Info

:eye_in_speech_bubble: Presented by:: Alexandre Enkerli, Fabio Balli, Barbara Class, Sandrine Favre
:sun: Conference Track: Learning Lab
:spiral_calendar: Track Date/Time: 2022-05-25T12:00:00Z (your local time)
:speech_balloon: Language: French
:calling: Pretalx link: Une feuille de route collaborative, transcontinentale, pour étendre l’éducation ouverte et libre par un dialogue pluriel :: Open Education Global 2022 :: pretalx

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